Sténopé
     
Sténopé
Le sténopé est le plus rudimentaire des appareils photographiques. Il se résume à une boite étanche à la lumière dont l’une des faces est percée d’un minuscule trou d’épingle. Dans l’obscurité de la boite, sur la surface opposée au trou, vient se former l'image inversée de la réalité extérieure. C’est cette image que j’inscris sur film photographique argentique. Le cadrage s’opère au jugé sans viseur, l’avancement du film avec une manivelle.
Photographier en sténopé, induit un autre rapport au temps ; il oblige à me poser, à prendre le temps, à m’imprégner de l’environnement il m’est souvent associé à la marche et à la lenteur, au silence du petit matin. Il implique une présence et une disponibilité à ce qui m’entoure. Lorsque tout se met en place que le point d’équilibre entre les lignes, les formes, le ciel et l’air, me semble juste alors je libère l’ouverture et expose le film à la lumière. Le temps d'exposition du film est long pour réaliser une image ; Il est de l’ordre de quelques dizaines de secondes à plus d’une trentaine de minutes, selon l’intensité lumineuse. Mais, c’est aussi cette longue temporalité qui donne corps à l’image, et lui offre ce rendu esthétique particulier: les matières s’étirent, les contours s’adoucissent, une texture douce semble effleurer les choses et donnent sur les images cette impression d’irréel, d’apesanteur.
Le sténopé, c’est aussi renoncer à la maitrise de l’ensemble des paramètres, il déjoue certaines règles, il impose ses propres fantaisies et ses défauts ; il est fréquent que les fuites de lumière, les vignettages, les zones de flous, s’invitent dans le résultat final mais j’accepte qu’une partie m’en échappe et j’aime cette petite part de hasards et imperfections qui entrent dans la fabrication de l’image, c’est un peu la signature de l’outil.
Ce dispositif fonctionne comme un pont entre l’exactitude du réel et la part de mon imaginaire ; Son rendu esthétique proche de mon ressenti laisse libre cours à mon écriture photographique. Avec le procédé reste toujours une petite pointe de trouble et d’étonnement. Comment ce tel procédé rudimentaire, en s’appuyant que sur l’unité de temps et de lumière parvient à produire un tel modelé et matière visuelle ? Comme si délesté d’un trop, d’un foisonnement de multi possibilités, le sténopé parvenait à revenir à l’essentiel de l’image photographique : offrir une part de mystère et procurer de l’émotion.
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